John Lennon. The John Lennon Letters, édité par Hunter Davies, New York : Little Brown, 2012, 392p.
La publication des lettres de John Lennon, qui avait été annoncée avec grande pompe il y a un peu plus d’un an, est presque passée inaperçue en cette fin de semaine de l’Action de grâce. Peut-être les journalistes ont-ils préféré se gaver de dinde plutôt que de boire les paroles de ce presque Dieu ou peut-être se sont-ils gardé une petite gêne devant l’objet sacré? Une petite gêne parce que oui, petite déception il y a. Moi-même, étant d’abord une fan inconditionnelle de l’emblématique Fab Four, j’ai été surprise de ne pas m’être sentie interpellée davantage par cette collection de 285 lettres, cartes postales et autres notes de diverse nature en facsimilés toutes rédigées par la main de Lennon datant d’aussi loin que son enfance avec sa tante Mimi jusqu’à sa mort. Pourtant au premier abord, l’ouvrage édité par Hunter Davies, le biographe officiel des Beatles, semblait être le parfait accord entre la représentation visuelle des archives et le complément d’information. Le travail de recherche de Davies est impeccable, le facsimilé est entouré d’une description qui se rapproche de la façon archivistique de procéder; titre, date, lieu, porté et contenu révélant le où-quand-quoi-pourquoi-avec qui-conservé par qui…, avec une transcription du document. Tous les éléments pour rendre le document compréhensible et appréhendable sont présents, et pourtant. Ce qui faisait lacune dans les ouvrages de Monroe et de Cobain, dont j’ai fait mention dans un article paru dans le dernier numéro de la revue Archives, se retrouve dans celui de Lennon, ç’aurait dû être l’apothéose de l’expérience du facsimilé. Pétard mouillé. Pourquoi?
Parce que, je crois, le plaisir de l’archive ne se trouve pas quelque part entre la connaissance et le ressentir, mais totalement dans un ou dans l’autre. La lecture d’archives permet d’accroître la connaissance sur un sujet aimé, admiré et leur consommation d’intégrer ce savoir à même notre passion pour l’objet vénéré. Aucune de ces aspirations ne se trouve au centre de l’ouvrage, elles se côtoient certes, mais on saisit mal quel est l’objectif de l’ouvrage. L’éditeur est très présent, non pas parce qu’il oriente la lecture des archives, mais parce qu’il la narre. On nous raconte les archives plutôt que de nous laisser les savourer nous-mêmes. La documentation, aussi intéressante et détaillée soit-elle, prend le dessus sur les archives. Le lecteur se trouve donc tiraillé. Là est l’échec de cette publication ambitieuse.
Tout fan de John Lennon saura quand même y trouver son compte. C’est d’ailleurs un des postulats de l’éditeur : « For Beatles and music fan generally, anything that gives any sort of insight into his work or biographical details is of value.[1] » La section 13 : Problems with Paul, il y en a 23 en tout, est délicieuse, extrêmement voyeuse. Finies les spéculations sur les disputes entre les deux leaders, elles sont là de toutes pièces! La première lettre-carte à Cynthia, sa première femme, est charmante comme tout. J’en aurais pris plus! Ce qui est destiné à un destinateur n’aura jamais autant de profondeur que ce qui n’est en premier lieu destiné qu’à soi-même, surtout que le lecteur n’a accès qu’aux documents rédigés par Lennon et non à ceux auxquels il répond. Il aura fallu beaucoup de patience à Davies afin que Yoko Ono, la veuve de John Lennon, accepte qu’un tel projet voie le jour. Mais maintenant que l’aventure archivistique publique est lancée, peut-être aurons-nous droit à une indiscrétion plus intime!
[1] Hunter Davies. « Introduction » in John Lennon. The John Lennon Letters, New York : Little Brown, 2012, p.4.


