Annonce de l’exposition tirée du site internet du Musée Marguerite-Bourgeoys : http://www.marguerite-bourgeoys.com/
Les archives personnelles de Francis Back sont une véritable «caverne d’Ali Baba». De ses multiples travaux des trente dernières années, après son passage à l’école des Beaux-Arts de Bâle en Suisse (1978-1982), résulte un remarquable panorama de la vie en Amérique française. Le Musée Marguerite-Bourgeoys du Vieux-Montréal en donne aujourd’hui un aperçu, tout en faisant le point sur la démarche de l’artiste.
Francis Back découpe son travail en trois grandes étapes, OBSERVER, COMPRENDRE, TRADUIRE. C’est dire à quel point ses oeuvres dépassent, et de loin, la simple illustration. Par son travail studieux, il se transforme en chercheur dont la démarche scientifique donne lieu à un retour aux documents d’archives et à la lecture d’ouvrages en histoire ; de la sorte, il recrée fidèlement des éléments du passé.
L’exposition temporaire du Musée Marguerite-Bourgeoys en donne quelques exemples dont principalement : l’Adventure Galley, navire pirate de William Kidd (1698) ; une scène de traite des fourrures au poste de Michillimakinac (à la jonction des lacs Huron et Michigan), la ferme du Cap-Tourmente en aval de Québec établie par Champlain.
Il est particulièrement intéressant d’examiner les versions définitives de ces dessins, mais aussi les esquisses. Celles-ci, selon l’angle choisi ou la disposition de la «caméra», comme aime à le dire Francis Back, mettent en évidence des aspects très variés d’une scène. C’est le cas notamment pour Michillimakinac où le dessin final est une vue en plongée qui donne un coup d’oeil d’ensemble, alors que les deux esquisses voisines où l’on est placé au niveau du sol, font ressortir habilement l’âpre négociation autour d’un fusil de chasse ou les palabres à propos d’une pièce de tissu. En se déplaçant de la sorte, l’artiste-historien est constamment à l’affût de l’action, de la vie d’une scène d’histoire ; il évite tout ce qui est statique. Il est plutôt à la recherche du sens du passé, transmettant les images d’une population en mouvement, d’une société en construction. En somme, il y a une âme dans les illustrations de Francis Back.
Et même davantage, il y a de la noblesse dans son oeuvre. Par exemple, les remarquables agrandissements de croquis de personnages qui ont été appliqués sur les murs de la première salle d’exposition : les deux amérindiennes qui préparent un repas, la jeune femme qui prend connaissance d’une lettre, le jeune homme qui lit un livre. À y regarder de très près, on découvre les sentiments de l’artiste sur les sujets qu’il aborde. De toute évidence, c’est avec un respect infini que Francis Back redonne vie aux autochtones. C’est la même chose à propos des colons ; la femme et les hommes à l’oeuvre aux champs à Cap-Tourmente sont présentés à la fois comme des gens simples et dignes.
Le visiteur de l’exposition prendra aussi plaisir à constater comment Francis Back fait avancer les connaissances historiques. Son illustration de la ferme du Cap-Tourmente présente trois bâtiments indépendants plutôt que contigus, contrairement à l’opinion de l’historien Marcel Trudel. Sa lecture des mémoires de Champlain l’a amené à cette conclusion, confirmée par la suite par des travaux archéologiques.
Les archivistes de la Congrégation de Notre-Dame ont profité à leur tour de l’expertise de Francis Back lorsque ce dernier leur a communiqué le résultat de ses recherches sur les étables du XVIIe siècle, comme celle que Marguerite Bourgeoys a obtenu du gouverneur de Montréal en 1658 pour sa première école. Il en est résulté une nouvelle illustration de la célèbre étable-école qui corrige les interprétations antérieures. Le dessin ci-après a été produit pour l’exposition virtuelle Croire et Vouloir. 350 ans d’éducation par Marguerite Bourgeoys et la Congrégation de Notre-Dame (http://www.archivesvirtuelles-cnd.org/) dans laquelle on retrouve une vingtaine de scènes commandées à l’artiste.
Francis Back a planté dans le paysage montréalais et dans l’imaginaire collectif sa vision de Ville-Marie et de l’Amérique ancienne. Il suffit par exemple de passer sur la rue Sherbrooke Ouest, devant le Grand Séminaire, pour apprécier sa représentation de l’ancien fort de la Montagne. Les six panneaux placés entre les deux tours restantes de l’établissement sont une leçon magistrale en matière de revitalisation d’un site historique. Autres exemples, ses magnifiques dessins qui accompagnent le texte de Georges-Hébert Germain sur les coureurs des bois (Libre Expression, 2003) et son impressionnante fresque de l’arrivée à Montréal des Hospitalières de Saint-Joseph en 1659 (Musée des Hospitalières). Le lecteur garde ainsi en mémoire des images claires et précises sur la vie des ancêtres.
Malgré que l’on souhaiterait une plus grande salle d’exposition au Musée Marguerite-Bourgeoys pour y présenter davantage d’oeuvres de Back, l’important est de retenir le message de l’artiste : notre histoire doit sans cesse être revisitée, illustrée et transmise aux nouvelles générations. Francis Back invite d’autres illustrateurs à le suivre ; il a magnifiquement tracé la voie.
http://www.marguerite-bourgeoys.com/fr/musee/exposition-temporaire.asp


