Le 1er mai dernier, nous avions l’occasion de commenter dans le présent blogue la nouvelle exposition du musée McCord, 90 trésors, 90 histoires, 90 ans (http://archivesaffiche.wordpress.com/2011/05/01/la-jeunesse-de-ses-90-ans-le-musee-mccord/). Le compte rendu était des plus favorables, comblé que l’on peut être par la richesse de la documentation et par la qualité de la présentation de cette nouvelle réalisation. Et maintenant, à la lecture du catalogue de l’exposition, on n’est pas moins enthousiaste.
D’une publication à l’autre, le McCord respecte ses normes. Il présente à ses lecteurs des sujets originaux, il confie le travail à des spécialistes qui créent de nouvelles connaissances, il soigne tout particulièrement la qualité de la langue des textes ainsi que la mise en page. On peut dire que c’est précisément le cas avec 90 trésors, sinon davantage.
Les auteurs de l’ouvrage sont les six conservateurs qui ont fait office de commissaires de l’exposition. Chacun dans sa discipline, ethnologie et archéologie, les peintures, estampes et dessins, les archives textuelles, les arts décoratifs, les archives photographiques Notman, les costumes et textiles, a signé l’introduction de sa section et rédigé les notices descriptives de chaque objet.
Il est intéressant de voir comment ces spécialistes font connaître leurs best of. Ce ne sont pas que les historiens en eux qui parlent, mais bien les conservateurs ; c’est-à-dire ceux et celles qui sont à la recherche de pièces pour la croissance des collections, qui en négocient l’acquisition, qui voient à leur conservation et qui ont à coeur de les diffuser, de les faire connaître au public. On est ainsi en présence non pas d’utilisateurs du patrimoine, mais bien de constituteurs et de gardiens de ces témoignages du passé. Et leur façon de les livrer à leurs concitoyens en est profondément marquée. Ils soulignent bien sûr le sens et l’importance de chaque pièce, mais ils s’attachent également, lorsque c’est possible, à en révéler la provenance et la valeur relative.
C’est ce qu’on retrouve dans les propos de Guislaine Lemay pour la coiffe du chef amérindien Tecumseh (1768-1813) (page 51). Christian Vachon fait de même pour la magnifique vue de Montréal peinte par James Duncan vers 1830-1831 ; cette acquistion est le résultat d’une commande à Duncan par John Samuel McCord, le père de David Ross McCord, fondateur du Musée.
On se doit de souligner à double trait la qualité de la mise en page et des photos. Les détails sont si bien présentés qu’on lit facilement des extraits de textes, qu’on apprécie l’habileté des artistes et des artisans. Dans tous les cas, on voit à quel point les pièces sont belles ; un exemple parmi plusieurs, le magnifique costume-tailleur créé et signé en 1887 par John James Milloy (page 230).
La présidente et chef de la direction du musée, Suzanne Sauvage, mentionne dans l’avant-propos que quatre-vingt-dix ans après sa création en 1921, le Musée McCord est plus vivant que jamais (…) tourné vers l’avenir (page 9). À notre avis, l’un de ceux qui lui fait le mieux écho est François Cartier, conservateur, Archives et histoire. Ce dernier écrit : Plus que des reliques issues d’un temps passé, ces phrases, idées ou images que porte le papier sont les matériaux de l’histoire qui vivent dans le temps présent, notre temps. C’est nous qui leur donnons vie, par exemple, en nous laissant toucher par les confidences d’une jeune fille ou les derniers voeux d’un condamné à mort. Quand cette connexion se fait, nous venons de redonner vie à l’histoire. Et effectivement, la connexion se fait, et grandement…
Guislaine Lemay renchérit dans l’introduction de la section Ethn0logie et archéologie. Elle dit : Dans son ensemble, la collection permet de transmettre la signification profonde des objets qui la composent non pas en tant que simples documents historiques, mais bien comme des éléments de la croissance, de l’évolution et la revitalisation constantes des communautés autochtones. Plus loin, à titre de conservatrice par intérim de la section Arts décoratifs, elle ajoute : En tant qu’objets du quotidien, ils reflètent l’évolution de notre société et soulignent les valeurs qu’elle a su conserver.
Ainsi le musée McCord, par ses acquisitions et son personnel, n’est pas que lieu de collectionnement mais aussi source d’inspiration et animateur de la vie collective. C’est ce que l’on attend d’une institution muséale, dépositaire d’un patrimoine exceptionnel, continuatrice d’une oeuvre lancée par un homme fier d’être membre à part entière de ce pays.
Le catalogue complète admirablement l’exposition. Il révèle les sources d’inspiration des conservateurs. On comprend mieux ainsi l’évolution de l’institution de la rue Sherbrooke et l’on devine son avenir.
90 trésors, 90 histoires, 90 ans. Montréal, Musée McCord, 2011. 268 pages. 45$
L’exposition est présentée du 18 mars au 11 septembre 2011.
