Samedi après-midi, 25 juin 2011, les visiteurs sont nombreux au Centre d’histoire de Montréal. À l’étage de l’exposition temporaire, Quartiers disparus, on s’attroupe devant les écrans, les panneaux et les touchantes reconstitutions de logements. On veut voir, comprendre et même s’engager.
C’est que les muséologues du Centre d’histoire qui avaient ce projet d’exposition en tête depuis plusieurs années, n’ont rien négligé pour en faire un événement. Non seulement montrent-ils à souhait ce qu’étaient le Faubourg à m’lasse, Goose Village et le Red Light des années 1950, mais ils les font revivre, ils les expliquent et tirent des conclusions de leur disparition.
Une fois de plus, le partenariat entre le Centre d’histoire et la Section des archives de la Ville de Montréal s’avère une formule gagnante. Les riches archives photographiques de la municipalité fournissent le matériau de base du projet. On en présente en quantité, ayant eu l’embarras du choix dans les quelque 6 000 photos montrant les intérieurs et les extérieurs des logements, des commerces et des usines. On nous les sert en diaporamas, en galeries, en écrans séparés (la photo complète d’un côté, un détail de l’autre), sur de grandes toiles. On les intégre dans des témoignages, dans des analyses de spécialistes. On ajoute des films d’époque. Il y a tant de bonnes images qu’on a l’impression d’habiter les trois quartiers.
Restaurant Chez Lise, au coin des rues De La Gauchetière et Beaudry. Archives de la Ville de Montréal, VM94, C196, 823.
Mais il y a plus, et c’est là que l’exposition trouve sa plus grande richesse : elle est documentaire. Le projet inclut un volet histoire orale et mémoire qui donne la parole aux citoyens. On a patiemment et fort habilement interviewé plus de cinquante personnes, des expropriés, des professionnels qui expliquent les enjeux de l’époque et des observateurs d’aujourd’hui qui en mesurent l’héritage. Les visiteurs du Centre d’histoire, rivés aux écrans, sont captivés par les Jeannelle Bouffard et Réal Beauchamps du Faubourg à m’lasse, les colorés Frances Ortuso et Adolf Diorio de Goose Village. Ces anciens résidents témoignent avec émotion de leur jeunesse dans ces endroits où ils ont vécu pauvrement mais auxquels ils ont toujours été profondément attachés.
L’intégration du patrimoine matériel (photos) et du patrimoine immatériel (témoignages d’acteurs de l’époque) donne des résultats étonnants. L’exposition, même si elle occupe un espace limité, est pleine de vie. Grâce à l’animation soutenue créée par les muséologues, le spectateur est avide de se faire une opinion sur cette époque en prenant connaissance des clichés et des témoignages. Dans ce processus de réflexion et de conscientisation, le visiteur est accompagné par des spécialistes en urbanisme, en architecture, en histoire, en patrimoine qui livrent leurs analyses dans un langage agréablement accessible à tous.
Impossible de quitter les lieux sans chercher à tirer les leçons de la disparition de quartiers à la fin des années 1950. On est certes convaincu qu’il fallait donner de meilleures conditions de vie aux 20 000 citoyens de ces trois quartiers. Par contre, on est porté à croire qu’on aurait pu éviter de les déraciner en rasant la place.
Quartiers disparus est un exemple remarquable de partenariat entre plusieurs spécialistes. Il en résulte infiniment plus qu’un simple accrochage de photos. On anime les archives, ce qui entraîne une prometteuse réflexion des citoyens sur leur vision du milieu urbain montréalais.
Quartiers disparus. Une exposition-documentaire. Centre d’histoire de Montréal, du 15 juin 2011 au 25 mars 2012.
http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=2497,3088440&_dad=portal&_schema=PORTAL

