Il y a 150 ans, le 12 avril 1861, à Charleston en Caroline du sud, des soldats des états sécessionnistes attaquaient et prenaient Fort Sumter. C’était le début d’un conflit, la Guerre civile américaine, qui n’allait prendre fin que quatre ans plus tard, le 9 avril 1865. Le prix payé aura été considérable ; les pertes en vies humaines s’élevèrent à plus de 600 000 hommes ! À titre comparatif, les États-Unis ont perdu 400 000 combattants au cours de la Seconde Guerre mondiale.
À l’occasion de cet anniversaire, le journal USA TODAY a produit un cahier spécial intitulé Civil War. 150 years later, the conflict still reverberates. On y rappelle les faits marquants de cette guerre fratricide à l’aide de documents d’archives qui proviennent surtout de la Library of Congress et des National Archives. On voit les protagonistes clés de la confrontation : Abraham Lincoln, président des États-Unis, Jefferson Davis, président des états confédérés (sudistes), Ulysses S. Grant, général en chef des armées du nord, Robert E. Lee, général en chef des armées du sud. Les nombreuses photos, plus de 80, font voir d’autres acteurs dont des militaires remarquables des deux camps, des scènes de batailles, des rencontres au sommet de politiciens et de chefs d’armée, des Noirs ayant combattu pour l’abolition de l’esclavage, de simples citoyens ayant apporté une contribution humanitaire.
L’approche des concepteurs du cahier est tout sauf anecdotique et chronologique. Le journal a choisi de commémorer la Guerre civile américaine parce qu’elle est encore de nos jours aux États-Unis un sujet de débat et même de déchirements. Aux photos d’archives et aux textes de nature historique, les journalistes ont ajouté les portraits et les commentaires de descendants des belligérants. C’est ainsi qu’Ulysses Grant Dietz, arrière-arrière petit-fils du général nordiste livre ses commentaires sur son ancêtre et sur la Guerre civile. Lorsqu’il dit sans nuance que le drapeau des Confédérés devrait être interdit de nos jours parce qu’il est comparable au drapeau nazi, on voit bien là que les divergences d’opinion entre Américains du XIXe siècle persistent encore.
Un peu plus loin, la réplique est immédiate ; Pertram Hayes-Davis, arrière-arrière petit-fils de Jefferson Davis, affirme haut et fort qu’il porte encore en lui les valeurs des Sudistes de 1861, dont entre autres le respect du droit des états dans la république américaine ! Il dit avoir prononcé des centaines de conférences et participé à de nombreux événements au cours desquels on a salué le drapeau des Confédérés et où l’on s’est recueilli pour regretter collectivement la cause perdue des Sudistes.
Le cahier du USA TODAY se veut aussi riche en informations pour faire progresser le débat. On a inséré une chronologie, le résumé des principales batailles, des cartes et graphiques montrant la composition ethnique des États-Unis à 150 ans de distance. On donne également les lieux et les dates des commémorations à venir en 2011, ainsi qu’au cours des prochaines années.
Pour en savoir plus, on suggère une douzaine de livres d’histoire, certains très récents, d’autres plus anciens. Mais la place de choix est accordée à l’exceptionnelle télésérie américaine du réseau PBS, The Civil War, produite et dirigée par Ken Burns en 1990. Ce récit tout en archives, enrichi de commentaires bien vulgarisés par des spécialistes, peut encore être vu. On signale que PBS (www.pbs.org/civilwar) a mis sur le marché un coffret de six DVD. La série s’est méritée à l’époque un Emmy Award du meilleur documentaire télévisuel. C’était largement mérité.
En prenant connaissance du cahier spécial du USA TODAY sur la Guerre civile américaine, on réalise à quel point les archives du terrible conflit seront nécessaires pour baliser les débats politiques à venir. C’est bien là une fonction essentielle des documents d’archives.
Civil War. 150 years later, the conflict still reverberates. USA TODAY. Special Edition. 48 pages. 4,95$US. En vente jusqu’au 16 mai 2011. www.civilwar.usatoday.com
