L’auteure Hélène Pelletier-Baillargeon est passée maître dans l’art d’intégrer les archives à un récit. Dans le troisième tome de sa remarquable biographie d’Olivar Asselin – Olivar Asselin et son temps. Le maître, elle combine avec une habilité consommée le récit et les extraits d’archives textuelles.
La page couverture du livre en indique déjà la teneur. On y a superposé des photos d’archives, la Une du journal L’Ordre qui comprend un article d’Asselin, et des pièces de sa correspondance. Et il en va ainsi tout au long des quelque quatre cents pages de l’ouvrage. La vie du journaliste est racontée avec des retours constants vers ses archives afin de lui donner la parole.
C’est que madame Pelletier-Baillargeon fait confiance à son homme. Elle n’hésite jamais à le laisser parler parce qu’elle sait qu’il est un polémiste hors-pair et que son propos, sa manière, sont toujours fascinants. On a le goût de connaître l’opinion d’Asselin sur la politique, l’économie, la culture, l’éducation. Chaque fois qu’il se prononce, qu’on nous le livre dans le texte, il fait mouche. Qu’il nous parle de Wilfrid Laurier, de Robert Laird Borden, de Lomer Gouin, de Lionel Groulx, des Jeune-Canada, de Camillien Houde, d’Alexandre Taschereau, de Maurice Duplessis, de Mussolini, d’Hitler, chaque fois il nous rejoint, il nous touche.
Il ne faudrait pas croire qu’il a suffi à l’auteure d’aligner les citations. Rendons-lui justice pour son travail exceptionnel de mise en contexte. Hélène Pelletier-Baillargeon possède l’art de résumer, de développer, de faire comprendre. Elle utilise toujours le mot juste, la bonne tournure de phrase. Et elle repère habilement dans les archives les extraits pertinents; mais pas plus, jamais de bavardage.
Son Olivar Asselin est ainsi plus vivant que jamais. Il a beau être décédé il y a soixante-treize ans en 1937, on le sent encore présent dans nos débats. Fédéralisme, souveraineté du Québec, rôle de l’éducation, définition des Québécois, place de la religion dans la société. Et s’il arrive que le propos soit un peu dépassé, il reste que la manière de poser les problèmes, cette façon de questionner la collectivité, tout cela est éminemment d’actualité.
Mais là où l’auteure se révèle le plus, c’est lorsqu’elle fait revivre les duels d’Olivar Asselin avec certains de ses éternels protagonistes. Le chapitre VII, intitulé L’oeuvre de l’abbé Groulx, vaut à lui seul le volume. Madame Pelletier-Baillargeon nous fait assister à la réplique cinglante livrée par Asselin à ses adversaires qui s’en prenaient à Lionel Groulx. Elle place littéralement son lecteur dans la salle de conférence et lui fait écouter Asselin en train de pourfendre entre autres l’abbé Camille Roy. Le redoutable polémiste montre en quelques phrases en quoi son interlocuteur a tout faux et sur quoi devrait porter le vrai débat. Mais jamais de condescendance avec Asselin. Il se charge lui-même de souligner les faiblesses de l’oeuvre de Groulx et démontre ensuite point par point toute la richesse de sa contribution à l’histoire du Canada français.
Chaque fois que l’auteure fait intervenir directement son héros, elle marque des points. Un exemple parmi tant d’autres. En toute fin de carrière, nous sommes en 1935, Asselin livre son opinion sur Maurice Duplessis. C’est l’époque où ce dernier manoeuvre pour profiter de son allié du moment, Paul Gouin. Asselin écrit dans La Renaissance du 16 novembre 1935 : En attendant, les Jeune-Canada feraient bien de ménager leurs acclamations pour voir si M. Duplessis, avec l’appui des Masson et des Boyer, ne retordra pas M. Paul Gouin comme une loque, comme une mitaine. Et Dieu sait combien Duplessis s’est joué effrontément de Gouin.
Hélène Pelletier-Baillargeon clôt cette année sa splendide biographie d’Olivar Asselin dont le premier tome avait paru en 1996. Elle laisse à ses fidèles lecteurs une oeuvre marquante. Aux archivistes, elle montre comment les sources, notamment celles du fonds d’archives Olivar-Asselin de la Ville de Montréal, peuvent être magistralement utilisées dans un récit. C’est à retenir.
Hélène Pelletier-Baillargeon. Olivar Asselin et son temps. Le maître. Montréal, Fides, 2010. 413 pages.

