
Le Devoir était donc d’avis que la sortie télé du documentaire de Labrecque était un événement. On peut dire qu’en en faisant la page couverture de son agenda, le journal a placé ce film et les archives dont il est constitué à l’avant-scène de l’actualité culturelle montréalaise et québécoise.
Le traitement des archives par Labrecque et son équipe mérite qu’on s’y attarde. C’est réussi dans la mesure où cette réalisation devrait permettre aux jeunes générations de connaître Félix Leclerc. D’autant plus que le film laisse toute la place au chanteur-poète.
Grâce à une recherche intense dans les archives filmiques et en effectuant un montage habile et intelligent, Labrecque a fait de Félix son propre narrateur du récit-synthèse de sa vie. Et ce montage opère. Le spectateur ne détourne pas les yeux un seul instant de ce portrait qui révèle le caractère, la pensée et l’âme du plus célèbre habitant de l’île d’Orléans.
Félix se raconte, mais il raconte aussi le peuple auquel il appartient. Lorsqu’il est en France, il dit par exemple en parlant du Français moyen, que son grand-père était «homme de lettres» ; du Canadien français, le sien était habitant, «pas encore passé au salon». De la France toujours, il dit qu’elle lui a permis de sortir de l’adolescence, de devenir adulte. Mais toujours il est revenu au Québec parce qu’il est essentiel de «laisser l’eau remonter dans le puits» ; en d’autres mots, il faut rentrer chez soi pour se ressourcer. À chaque année, il divise son temps en deux : l’été pour vivre dehors, le reste de l’année pour travailler. Dans ses mots à lui, ça se dit : «Raconter le sac plein d’images qu’on a ramassées durant la belle saison». Mais pour y arriver, il faut savoir se placer dans des conditions propices. C’est ainsi qu’il recourt à «la solitude, pas l’ennui, […]celle qui aide à la création, [qui fournit les] choses qui aident à vivre».
Il affirme aussi que le poète doit prendre parti et s’engager. «Je fais ce qui est dans mon cœur. Je veux avoir un pays à nous». «J’ai un fils enragé, dépouillé. […] Il ne lui reste plus que sa belle vue sur le fleuve.» Dans la foulée de ce constat désolant, Félix croit tout de même en l’avenir et rend hommage à celui qui à ses yeux l’incarne le mieux, René Lévesque. Il faut savoir «respecter ceux qui tiennent une allumette dans la main.» Pour Félix, Lévesque est un leader «qui a fait évoluer les choses», «qui nous a drogué du mot fierté». «Il fait partie de la courte liste des libérateurs de peuples.» «On a un pays, le Québec, planté dans le cœur à jamais.»
Jean-Claude Labrecque, nous le savions, sait jouer des archives (voir Infiniment Québec, documentaire qui rend hommage à sa ville natale à l’occasion du 400e anniversaire de la Capitale). Il leur redonne vie pour qu’elles servent son propos. Dans ce cas-ci, c’est mission accomplie. Il a transmis Félix aux nouvelles générations. Et Le Devoir lui a fait le privilège d’une éclatante publicité !
C’était Félix, documentaire présenté à Artv, dimanche 25 octobre, de 19h à 20h.