
Photo : François Cartier. Portrait de Wolfe par George Townshend et journal du général.
En marge de l’exposition La prise de Québec, l’archiviste François Cartier du Musée McCord a prononcé une conférence au Musée national des beaux-arts du Québec sur un écrit du général Wolfe. Il a retenu l’attention du journaliste du Soleil.
Publié le 12 juillet 2009 à 05h00 | Mis à jour le 12 juillet 2009 à 05h00
Les mystérieux journaux du
général Wolfe
Jean Pascal Lavoie
Le Soleil
(Québec) Le fantôme du général Wolfe planait sur les Plaines, la semaine dernière. Dans l’auditorium du Musée national des beaux-arts du Québec, on tentait de tirer au clair «l’affaire» du journal de James Wolfe.
C’est que le journal du commandant de l’armée britannique pendant le siège de Québec en 1759 a été longtemps perdu. Puis, au début du XXe siècle, il a été retrouvé. Trois fois.
François Cartier est archiviste au Musée McCord à Montréal. À son arrivée en poste, il y a sept ans, il trouve dans la collection du musée le journal de James Wolfe pendant le siège de Québec. En creusant un peu plus, il apprend qu’il en existe un autre exemplaire, celui-ci aux Archives nationales. Il s’agit toutefois d’une copie, réalisée par Thomas Bell, l’aide de camp de Wolfe.
Une copie, c’est bien. L’original, c’est mieux. L’honneur du Musée McCord est sauf, croit François Cartier. C’était sans compter sur le Collège militaire de Kingston qui, lui aussi, prétend détenir le véritable journal de Wolfe.
Qui dit vrai? C’est ici que commence le dur mais intéressant labeur d’enquête sur les trois journaux. Première piste, l’origine de chaque journal. Pas de chance, impossible de retracer les différents parcours depuis 1759.
Pas plus de chance du côté de la chronologie des journaux. Celui du Musée McCord couvre du 10 mai au 7 août 1759, celui de Kingston s’étend du 13 mai au 16 août et celui des Archives nationales, du 19 juin au 16 août. Les trois journaux sont conformes avec ce qui était déjà connu : malade, Wolfe suspend la tenue de son journal à la mi-août et, la veille de la bataille des Plaines, il détruit les dernières pages où il avait consigné certaines choses à propos de ses officiers qui pourraient lui causer des ennuis plus tard.
L’analyse des contenus s’avère plus intéressante, à défaut d’être concluante. L’exemplaire McCord présente des extraits exclusifs et plus personnels, entre autres sur les problèmes de santé de Wolfe et ses divergences avec ses officiers. Ce n’est cependant pas suffisant pour rejeter l’exemplaire de Kingston. Les dissemblances ne sont pas déterminantes. Même l’examen de la calligraphie
des deux exemplaires attribués à Wolfe laisse perplexe. Trop semblables.
Le mystère reste donc entier, ce qui n’est pas si grave, croit M. Cartier. «Lequel Wolfe a-t-il écrit de sa main, s’il y en a un? Ce n’est pas tellement important. La valeur de ces journaux réside dans l’utilisation qu’on en fait. Que ce soit en commémoration dans des expositions ou qu’on les utilise pour la recherche, ils sont des témoins importants de notre histoire.»
Néanmoins, la lumière n’a pas encore été faite sur cette affaire, ce qui est un peu vexant. Pour y remédier, François Cartier prévoit organiser une journée d’étude, au printemps 2010, où l’on réunira au même endroit les trois journaux. Archivistes, historiens, paléographes (experts en calligraphie) et restaurateurs pourront les examiner sous toutes leurs coutures, ou plutôt reliure. La vérité émergera-t-elle de cette journée? Une histoire à suivre.