Je me permets de faire suivre ici l’intégralité d’un article, trouvé sur le Figaro.fr mais issu d’un de l’AFP. Il y a quelques semaines que j’avais repéré des articles concernant la disparition de la Direction des Archives de France afin de la noyer avec d’autres directions du ministère de la Culture en France.
«Dans le cadre de la réforme générale des politiques publiques, le ministère de la Culture et de la Communication a voulu réorganiser et mutualiser ses missions. Il a ainsi fondu dans une seule et même direction, à vocation patrimoniale, les directions des musées de France, de l’architecture et du patrimoine, et des Archives de France.» Par Christine Martinez, présidente, et Sylvie Clair, membre du conseil de l’Association des archivistes français. Publié par L’Humanité.
Pétition pour “sauver” les Archives
Source : AFP
01/08/2008 | Mise à jour : 13:11 | Sur Le Figaro – Flash Actu.
«Un millier de personnes, artistes, historiens, députés, s’adressent à Nicolas Sarkozy pour que soient “sauvées” les Archives de France, menacées selon elles par la réforme de l’Etat au ministère de la Culture, a annoncé un texte adressé aujourd’hui à l’Agence France-Presse.La pétition, lancée à l’initiative de l’intersyndicale CFDT-CFTC-CGT et qui sera remise dans les prochaines semaines au président de la République, affirme qu’il est “indispensable” de maintenir la Direction des Archives de France, pour “garantir la cohérence d’une politique nationale des archives”, et en “assurer à tous le libre accès”.
La Direction des Archives doit disparaître dans le cadre de la RGPP (Révision générale des politiques publiques) qui se traduit au ministère de la Culture par le resserrement du nombre des directions, qui passent de dix à trois. Les archives vont être rattachées à une grande direction des patrimoines.
Parmi les signataires de la pétition, se trouvent les députés d’opposition Maxime Gremetz, Pierre Gosnat ou André Gérin, les peintres Bernard Rancillac ou Pierre Buraglio, des responsables d’archives départementales ou des historiens. »
Position officielle de l’Association des archivistes français (AAF), ici.
Texte de la pétition, ici. (format doc, ouvre une fenêtre de téléchagement). Version web (html), ici.
Bien que le mouvement de réaction semble mobiliser apparemment, pour le moment, la «gauche», il ne s’agit pas d’une question politique entre la «gauche» et la «droite» française mais bien du maintien d’une pratique et de réflexions qui ont eu une influence importante au niveau international depuis la création de la discipline archivistique.
Pire, c’est tout l’avenir des sources de la recherche contemporaine française qui est ainsi liquidée, voire même la conservation des documents essentiels au fonctionnement des institutions en France (étart civl, cadastre, notaires, etc.).
Si la Direction des archives de France et les politiques dont elle est porteuse disparaissent :
- il n’y aura plus de politique cohérente de collecte, de sauvegarde et de diffusion des sources d’archives
- il n’y aura plus de collecte du tout des archives électroniques au fur et à mesure que la dématérialisation des archives papier touchera tous les secteurs : sous l’appellation prétentieuse d’ “archivage électronique” (en se parant des plumes de la Direction des Archives de France, d’ailleurs, qui a fourni tout le boulot théorique pour formuler les règles de sauvegarde de ce type très particulier d’archives), la BNF ne fait que de la collecte de sites web et de revues et ignore totalement ce que sont les archives
- il n’y aura plus de publications, et notamment les précieux guides à destination des chercheurs (Guide des source de l’histoire de l’esclavage, Guide des sources de la Seconde guerre mondiale, Guide des sources de l’histoire de l’environnement, etc.)
- il n’y aura plus ni veille ni action pour éviter la destruction et la dispersion des sources d’archives qui fileront à l’étranger, chez le plus offrant et pas forcément le plus généreux dans l’accès aux archives
Voici tout ce que fait la direction des Archives de France, seul service réellement interministériel du ministère de la culture, tête du réseau des archives en France, voici ce qui va disparaître, sans aucune solution de remplacement crédible : p://www.archivesdefrance.culture.gouv.fr/fr/accueil/site/
Tous les professionnels des archives s’indignent de cette mort annoncée : elle va à l’encontre de la loi d’archives récemment votée le 15 juillet 2008, à l’encontre de tout ce qui peut faire la fierté de la France en matière d’archives et de patrimoine historique, à l’encontre de toute bonne gouvernance et fonctionnement des institutions. L’Association des archivistes français s’est clairement prononcée contre ce massacre des politiques d’archives en France, contre cette négation obscurantiste, mais très déterminée de l’accès du public aux dossiers de l’administration publique, bref de la dignité et des droits du citoyen : http://www.archivistes.org/breve.php3?id_breve=109
Que ceux qui souhaitent un accès large et diversifié aux archives s’engagent AUSSI dans la défense des institutions qui oeuvrent tous les jours pour cet accès : quand il n’y a plus personne pour agir, il n’y a plus d’archives du tout et donc par la force des choses …. plus d’accès non plus !