Annie Ernaux. Les années. Paris, Éditions Gallimard, 2008. 242p.
L’autobiographie en littérature est un genre très répandu. Mais pratiqué par Annie Ernaux, on sort des sentiers battus. L’auteure française, récipiendaire du Prix Renaudot 1984 pour La Place, ne fait pas que se raconter. De sa naissance en 1941 jusqu’à aujourd’hui, ell peint aussi son époque. Et l’amorce de chaque partie de son récit, qui en compte plus de douze, est toujours la même, soit la description d’une photo d’archives tirée de l’album familial, une image d’un film ou d’un vidéo amateur.
Ernaux, dans un style direct et rythmé, nous entraîne dans sa vie-société des soixante dernières années dont elle rappelle habilement la vie quotidienne, les coutumes, les courants de pensé, les mouvements politiques. Bien que le récit ait pour cadre la France, le lecteur québécois se sent directement concerné. Il y retrouve de multiples terrains culturels communs.
Mais c’est la construction du récit qui fascine. Partir d’une simple photo d’archives pour déboucher sur la fresque éclairante d’une époque, c’est peu banal. Laissons parler l’auteure qui résume ( p. 238 ) fort bien sa démarche :
Le minuscule moment du passé s’agrandit, débouche sur un horizon à la fois mouvant et d’une tonalité uniforme, celui d’une ou de plusieurs années. Elle (Ernaux parle d’elle-même) retrouve alors, dans une satisfaction profonde, quasi éblouissante – que ne lui donne pas l’image, seule, du souvenir personnel -, une sorte de vaste sensation collective, dans laquelle sa conscience, tout son être est pris.
Et le lecteur aussi est pris, du début à la fin. Partant des souvenirs personnels d’une autre, il voyage parallèlement dans son propre passé d’où il ressort beaucoup plus critique de ses propres comportements et de ceux de sa collectivité.
