Claire Guillot. Patrimoine photographique, l’Etat ne soigne pas son image. Le Monde, LE MONDE 2 | 03.07.08
Je ne vais pas commenter cet article, ni son contenu. Mais les points soulevés sont plus qu’intéressants, et surprenants… Cet article soulève les difficultés rencontrées par les photographes résidant sur le territoire français pour assurer la succession et une pérennité à leur oeuvre, et le rôle de l’État français et de ses choix dans cette situation.
[...] Reste enfin une solution, a priori évidente : la donation à l’Etat. Cette éventualité fait pourtant frémir tous les photographes interrogés. Il y a près de vingt ans qu’aucun photographe n’a fait don de son œuvre à la nation…
[...] Pourquoi cette méfiance, pour ne pas dire aversion? L’absence d’interlocuteur clair et compétent, les revirements de la politique photographique de l’Etat et des choix contestables ont fini par décourager les meilleures volontés.
[...] De gros travaux sont également prévus pour accueillir les donations de photographie dans un nouveau lieu, à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne). Et une conservatrice, Marie Robert, vient d’être nommée pour les gérer. Mais voilà : la conservatrice n’est pas spécialiste de photographie mais de cinéma et d’audiovisuel. “Nous ne voulions pas d’un profil muséal”, dit-on au ministère de la culture, où on fonde tous les espoirs sur la numérisation et sur une politique de “visites virtuelles” des fonds.Une orientation qui fait déjà des dégâts à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (ministère de la culture), chargée de la gestion des donations de photographie. Cette dernière a lancé une numérisation de masse de ses fonds, sans réflexion préalable et sans considération pour les auteurs. Des milliers de négatifs sont mis en ligne sur le site Internet de la Médiathèque, à la queue leu leu, avec des légendes indignes, sans hiérarchie et sans respect du cadrage du photographe.
Ainsi, le photographe Roger Parry (1905-1977), proche du surréalisme et célèbre pour son illustration du livre Banalité, de Léon-Paul Fargue, en 1930, est représenté par un flot de 4778 images : en majorité des reportages alimentaires mineurs, alors que ses œuvres surréalistes ne sont qu’effleurées.
[...] Le directeur de la Médiathèque, Jean-Daniel Pariset, défend ses choix : “Si l’auteur a fait don de ses négatifs, c’est bien pour qu’on les montre. Et en photographie, la notion d’œuvre est fluctuante. Moi, je ne sais pas faire parler les morts! Si on se limite à ce qu’un auteur a décidé à un instant t , c’est une sacrée censure. Pourquoi vouloir limiter l’accès aux négatifs à une élite de chercheurs?” Outre que cette position s’oppose à ce qui se fait dans de nombreux fonds à l’étranger, la sélection proposée ne répond à aucun critère esthétique. Les images sont envisagées comme des documents. Comment, avec de tels procédés, ne pas transmettre une vision faussée de l’œuvre?