… ou faire acte de résistance intellectuelle face au totalitarisme en conservant des traces d’aujourd’hui. C’est un projet qu’un homme a mené à bien dans le Ghetto de Varsovie dans les années 1940.
Ceci fait d’ailleurs écho au billet de Denys Chouinard : du sens et de l’importance des archives. Même dans une situation de détresse et de survie, l’être humain ressent le besoin de conserver quelque chose de ce qui a été pour ne pas oublier, ne pas être oublié, parce que finalement, on a quand même confiance dans la vie, même dans l’adversité. Nous ne serons peut-être pas demain en personne, mais nous espérons que d’autres le seront, apprendront de nos réussites et de nos erreurs et pourront construire un monde tout aussi plein de créativité et d’espoir.
Ainsi, un homme, Emanuel Ringelblum, un historien, un des 450 000 juifs entassés dans le ghetto de Varsovie, a lancé un projet de résistance à la terreur et l’infamie qui a survécu à la guerre et la destruction. Avec une soixante de collaborateurs, dont seulement trois ont survécu, il a étudié et documenté tous les aspects de la vie dans le ghetto. Dans le sous-sol du ghetto, 35000 documents : essais, lettres, poèmes, tickets de bus, photographies, papiers officiels, etc. ont été préservés dans des boîtes de conserve et des pots de lait. Le groupe, étroitement surveillé par les Nazis, a réussi à dissimuler le témoignage sur la vie de tous les jours dans le ghetto d’une destruction certaine. Ringelblum a été exécuté avec sa famille en 1944 mais il a réussi à garder une trace d’un moment de l’histoire…
Ces archives ont été utilisées pour l’écriture du livre de Samuel Kassow, Who Will Write Our History?. 2007

À lire, l’article de Ben Macintyre, «Buried, razed – but not forgotten : A history lesson from the Warsaw Ghetto: we need to keep evidence of our everyday lives», The Times, 23 mai 2008.
L’article met également en perspective cette histoire avec le dilemme du numérique : que conservons-nous, que pourrons-nous conserver?
La question n’est pas de remettre en cause le numérique, mais notre propre comportement. Le numérique et la course à la technologie demandent un suivi bien plus régulier et complexe, donc demandent plus d’attention et de moyens à court terme.