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Sera en rediffusion à partir de ce soir sur les Ondes de Historia, la triple trilogie des rapports hommes-femmes : La reine du foyer, Papa a raison et À toi pour toujours. 3 miniséries documentaires de 3 épisodes sur la transformation de la place de femme, de celle de l’homme et du rôle du mariage dans un Québec qui se métamorphose radicalement à la fin du XXe siècle. Si c’est par curiosité de la façon dont on allait traiter un sujet sur lequel on a beaucoup entendu argumenter que j’ai voulu écouter cette série, c’est avec un grand plaisir que je me suis régalée à la regarder. L’équilibre entre narration, intervention historique et témoignage est balancé par la présence de nombreux documents d’archives. Le plaisir de ces archives se trouve dans l’intimité que celles-ci contiennent à la différence de documents déjà destinés à une vie médiatique comme le sont de vieux reportages sur la guerre ou la chute du mur de Berlin qu’on nous ressort à chaque fois que sont évoqués ces moments d’histoire. C’est parce qu’elles ont le pouvoir d’entrer dans le côté humain de l’évolution sociétale que ces archives nous plaisent au contraire des documents produits avec un regard médiatique qui nous font décrocher de l’authenticité de ce qui nous est présenté. Le fait de présenter des documents d’archives qui n’étaient destinés qu’à l’usage privé confère à ceux-ci une véracité du quotidien qui s’éloigne du formatage et du devoir d’édition qui accompagne les documents médiatisés. Le document privé n’a d’autre objectif que de témoigner de l’événement, il n’a pas besoin de narration, de trame sonore et encore moins de montagne pour être significatif tandis que le document médiatisé témoigne en vertu d’un fil conducteur, d’une orientation donnée par celui qui le produit. C’est le mélange des documents d’archives bruts et de l’intervention, a posteriori, des historiens qui permettent la remise en contexte de ces images qui font que ces séries qui rappellent tout en les surpassant La mémoire qui tourne et Les 7 péchés capitaux aussi diffusés sur Historia. Les témoignages sont sans prétention, honnêtes, amusants et parfois même accompagnés de leurs véritables documents d’archives, les intervenants acceptant de se mettre ainsi en scène prennent une part entière dans l’histoire qu’ils racontent, mais aussi dans le jeu du format documentaire qui est utilisé; ils ne portent plus qu’un regard sur l’Histoire, mais aussi sur eux-mêmes. Je crois que c’est un peu grâce à ce type de procédé aussi utilisé dans des émissions comme Les enfants de la télé où les invités sont invités à se regarder et à se commenter que cette trilogie documentaire fonctionne. Pour un sujet aussi commun et domestique que les rapports et les relations hommes-femmes, il était essentiel de pouvoir toucher à l’humain non pas par la mise en scène de sa grandeur, sa force ou sa faiblesse, mais par lui-même et franchement, ces 3 séries y excellent.

C’est donc avec plaisir que je vous propose de savourer La reine du foyer, Papa a raison et À toi pour toujours rediffusées le lundi soir à 20 h sur la chaîne Historia.

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L’archive

Le mercredi 13 mars 2013 à 17h30 aura lieu une conversation sur le thème de l’archive, entre Okwui Enwezor, directeur de la Haus der Kunst à Munich, et Stan Douglas, artiste visuel vivant et travaillant à Vancouver.

« La temporalisation de l’archive est le fondement de l’interprétation historienne. Trace, document, site d’inscription du témoignage : l’archive est aussi ce qui reste à construire lorsque l’histoire oublie. »

Cet événement s’inscrit dans un cycle de huit conférences et conversations s’échelonnant du 16 janvier au 23 mai 2012 sur le thème : L’art contemporain entre le temps et l’histoire.

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Olivia Boudreau, L’Étuve, 2011
Projection vidéographique, son, 20 min 38 s
Collection Loto-Québec, acquis en partenariat avec le Musée d’art contemporain de Montréal

Le mercredi 13 mars 2013, de 17h30 à 19h30 au Musée d’art contemporain de Montréal

Tarif : gratuit

Langue : en anglais

Pour en savoir plus sur cette série de conférences : Musée d’art contemporain

Du 18 janvier au 12 mai 2013, DHC/ART présente "Animations", une exposition de Thomas Demand. Les œuvres de cet artiste sont généralement inspirées par des photographies provenant d’archives ou extraites des médias.

Thomas Demand part d’une photographie représentant souvent un lieu chargé d’histoire, il reconstitue ensuite très fidèlement les volumes de ce lieu à l’échelle réelle, et photographie la maquette qui est par la suite détruite, pour ne garder que la nouvelle image produite ou en faire un film d’animation. Si les volumes sont reproduits, les scènes présentées sont toujours vides de présence humaine et de toute inscription.

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Camera, 2007, HD-Video Loop, 1,40 min, stereo
© Thomas Demand, VG Bild-Kunst, Bonn / SODRAC, Ottawa

Il y a quelque chose d’extrêmement paradoxal dans sa démarche, entre le choix de l’image originelle, un lieu chargé d’histoire et l’absence totale de repères causés par l’anonymat des lieux dans la version de la maquette photographiée. C’est un peu comme si l’artiste procédait à une désindexation de l’image : les téléphones n’ont pas de numéros, les feuilles sont vierges de toute note, les pancartes sont blanches et les dossiers de classement n’ont pas de titre.

Ces scènes, pourtant extraites de la réalité, semblent appartenir à un autre monde, un monde aseptisé et neutre. Et c’est l’absence de présence humaine qui met en valeur les objets et permet au spectateur de faire par lui-même une expérience totalement subjective.

Prenons à titre d’exemple les œuvres du 3e et 4e étage : Yellowcake et la série Embassy. Yellowcake est une vidéo montrant l’intérieur d’un corridor dans l’immeuble à appartements d’une banlieue urbaine. Cette installation sert de préambule à Embassy, une série de 8 photographies exposant des intérieurs de bureau. La géométrie des formes, l’austérité des lignes, la dureté des angles causent un effet général de froideur, d’inhumanité, tous les papiers sont placés horizontalement. Même le portrait du président, la seule présence humaine, n’est pas détaillé, on ne voit que le contour de son visage et non ses traits.

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Embassy VII.a, 2007, C-Print/ Diasec, 51 x 53,5 cm
© Thomas Demand, VG Bild-Kunst, Bonn / SODRAC, Ottawa

On peut en faire une première lecture comme la représentation du travail dans notre société : des bureaux vides et anonymes, des couloirs déserts et froids. L’immeuble est typique dans sa banalité, bref, voilà les lieux iconiques du travail et de l’habitat modernes. Le monde qui nous entoure se présente comme une coque vide où notre travail sisyphéen est réduit à la production de feuilles stériles.

Mais on peut également en faire une deuxième lecture à la lumière de ces informations complémentaires : les lieux sont ceux de l’ambassade du Niger à Rome. La scène rappelle un vol de papier à lettres officiel ayant eu lieu à cet endroit. Huit mois plus tard, de faux documents ont été rédigés sur ce papier, documentant l’achat par Saddam Hussein de grandes quantités de Yellowcake, une forme d’uranium pouvant servir à fabriquer des armes nucléaires. Bien que des experts aient affirmé qu’il s’agissait de faux documents, l’administration américaine a utilisé ce prétexte pour entrer en guerre contre l’Irak.

Cette œuvre sollicite donc notre mémoire collective, tout en nous permettant également d’en faire une expérience totalement subjective. L’image fixe devient une œuvre active qui produit des documents. À ce propos, on trouvera une intéressante discussion sur le sujet de l’œuvre et de sa documentation dans : «Anne Benichou : ces documents qui sont aussi des œuvres» (Ouvrir le document, 2010, p.47).

Pour continuer ce parallèle avec l’archivistique commencé plus haut avec la question de la désindexation, on remarque qu’en choisissant tel ou tel lieu où se sont déroulés des événements graves, Thomas Demand procède à une indexation de l’événement lui-même par son choix. Il exerce ainsi une évaluation des images à exploiter, similaire à celle de l’archiviste qui procèderait à un tri d’archives.

Ces œuvres constituent à l’arrivée des sortes de capsules temporelles. Sous leur apparente simplicité, on découvre une riche portée sémantique. Possédant à la fois une valeur primaire descriptive et une forte connotation, elles contredisent ce principe énoncé par Barthes qui disait que “Par nature, la photographie, […] a quelque chose de tautologique : une pipe y est toujours une pipe, intraitablement. On dirait que la photographie emporte toujours son référent avec elle, tous deux frappés de la même immobilité amoureuse ou funèbre, au sein même du monde en mouvement” (Barthes, La Chambre claire, Note sur la photographie, 1995, p.1112).

Dans les photographies de Thomas Demand, une feuille de papier est beaucoup plus qu’une feuille de papier.

Adresse de la galerie DHC/ART :

451 et 465, rue Saint-Jean, Montréal (Québec), H2Y 2R5
Métro Square Victoria

Site Web : DHC/ART

Lire aussi :

Du 2 novembre au 15 décembre 2012, la galerie VOX, Centre de l’image contemporaine consacre ses salles à une surprenante exposition intitulée «Space Fiction & the Archives» de l’artiste Jacqueline Hoang Nguyen.

Née à Montréal, Jacqueline Hoang Nguyen utilise plusieurs médiums comme la vidéo, la photographie et les arts imprimés pour explorer des événements historiques méconnus en actualisant leur pertinence politique sous un nouvel angle.

Jacqueline Hoang Nguyen, Greetings from St. Paul, 2012, Impressions au jet d’encre, Dyptique.
Photographie © Copyright M. Brunelle

Cette exposition reconstitue l’atmosphère de la ville de Saint-Paul en Alberta en 1967, l’année où le Canada a célébré le centenaire de sa Confédération. À l’aide de documents et de photographies d’archives, et d’un film intitulé 1967: A People Kind of Place, l’exposition soulève des questions liées au multiculturalisme canadien à travers une enquête sur cet épisode oublié.

La ville de Saint-Paul en Alberta fut baptisée par la Commission du Centenaire «Étoile centenaire du Canada» pour la quantité, la qualité et l’originalité de ses festivités autour du 100e anniversaire de la Confédération. La ville a en effet construit un édifice insolite, la première piste d’atterrissage pour ovnis au monde, manifestant ainsi une volonté d’hospitalité et de diversité. C’est aussi cette même année que le système d’immigration à points fut introduit, établissant des critères plus égalitaires pour l’acceptation des immigrants.

Les documents d’archives choisis sont variés et emblématiques : des reproductions de journaux de l’époque portant sur des concours de coiffures martiennes, ou encore montrant le ministre de la défense, M. Hellyer, accueillant un couple d’extra-terrestres. On peut également voir des gravures sur plexiglas des règlements du nouveau système à points d’éligibilité des immigrants, des reproductions de pièces commémoratives de l’événement ainsi que le livre de Pierre Berton au titre suggestif 1967: The Last Good Year.

Jacqueline Hoang Nguyen, St. Paul Journal Series, 2012, Impressions au jet d’encre.
Jacqueline Hoang Nguyen, Folders (dormant), 2012, Impression au jet d’encre.

Avec l’aimable permission de la Bibliothèque et Archives Canada/Centennial Commission fonds.
Photographie © Copyright M. Brunelle

Mais l’épicentre de l’exposition est le film intitulé 1967: A People Kind of Place qui reconstitue à partir d’images d’archives l’atmosphère de l’époque. Le film commence ironiquement par la phrase «This is a true story» sur la musique de la série Les Envahisseurs (The Invaders). Macrocosme et microcosme s’y mêlent à volonté puisqu’on y voit aussi bien une famille préparant Noël que des paysages et animaux typiques du Canada, le tout parsemé d’images de l’espace et de l’inauguration de la fameuse piste d’atterrissage. Un élément particulièrement intéressant du point de vue archivistique est que le film est ponctué de phrases qui peuvent être vues comme des sortes de métadonnées sur le film. Ces phrases documentent à la fois la recherche en littérature faite par l’artiste lors de l’élaboration du film mais elles reflètent également des idées qui étaient dans l’air du temps à l’époque :

«Operating Manual for Planet Earth», Buckminster Fuller
«The Gutenberg Galaxy», Marshall McLuhan
«Dreams of a Better Life. The Principle of Hope», Ernst Bloch
«Science fiction is not predictive, it is descriptive», Ursula K. LeGuin
«There are no passengers on Spaceship Earth. We are all crew», Marshall McLuhan

Ainsi, Buckminster Fuller est l’architecte qui a conceptualisé le dôme pour le pavillon des Américains à Expo67, Ernst Bloch est l’un des grands penseurs modernes qui a défini le projet utopique, et Ursula K. LeGuin est une auteure américaine de science-fiction qui a écrit sur des questions identitaires et de genre. Enfin, Marshall McLuhan est un théoricien de la communication, célèbre pour son expression de «village planétaire» qualifiant les effets de la mondialisation.

Jacqueline Hoang Nguyen, Invitation to Canada & The Last Good Year, 2012,
Installation : techniques mixtes.
Photographie © Copyright M. Brunelle.

Voir cette exposition est une expérience à la fois insolite et émouvante. En quittant le ton humoristique de la première salle, avec ses pittoresques concours de coiffures martiennes et autres nouvelles incongrues, pour le film 1967: A People Kind of Place, on se trouve peu à peu plongé dans la nostalgie d’un monde meilleur.

Les titres des oeuvres de Jacqueline Hoang Nguyen évoquent souvent la mémoire et l’univers des archives, outre Space Fiction & the Archives, citons Seizing Hold of a Memory as It Flashes, Do you remember Olive Morris ?, ou encore son travail de commissaire d’exposition sur le projet intitulé Unclassifiable.

Jacqueline Hoang Nguyen, 1967: A People Kind of Place, 2012, Vidéo SD, 19 min.
Photographie © Copyright M. Brunelle.

Voici quelques réponses à des questions posées à Jacqueline Hoang Nguyen :

1) Quelle est l’origine de votre intérêt pour les archives ?
Mon intérêt pour les archives est apparu conjointement avec une pratique informée par un cadre théorique féministe, où je m’intéresse particulièrement aux récits qui se retrouvent en marges et qui sont mal documentés. Dans ma pratique artistique, je mets en lumière des pans ignorés de l’histoire en les exploitant sous un jour nouveau. Si mon travail se distingue de celui de l’historienne, il en reproduit néanmoins les gestes : tel que la recherche d’informations, la collecte d’archives et la mise en perspective des matériaux. Ma méthodologie m’oblige souvent à me tourner vers les archives comme source d’information.

2) Comment avez-vous procédé pour préparer votre film ? Est-ce les archives elles-mêmes qui ont été à l’origine du projet ou bien est-ce l’idée du projet qui vous a conduite à effectuer des recherches par la suite ?
Produire l’installation Space Fiction & the Archives, incluant le film 1967: Space Fiction & the Archives, fut une recherche de longue haleine qui a débuté en 2010. Le tout a commencé lorsque j’étais artiste-en-résidence à USF Verftet à Bergen en Norvège. Je consultais les archives en ligne de la CBC et, un peu par accident, j’ai vu cette capsule vidéo sur une aire d’atterrissage pour ovnis ! Cela a piqué ma curiosité et de là j’ai entamé une recherche plus approfondie pour mieux comprendre les raisons qui ont amené un petit village de 3500 habitants à construire cette plateforme. Ce qui m’a amenée à faire plusieurs visites sur le terrain ainsi qu’à consulter plusieurs archives officielles du Canada, telles que la CBC, l’ONF, la CTV News Stox, Archives et Bibliothèque Canada, le St. Paul Historical Museum et Getty Images mais aussi dans des endroits plus inusités tels que YouTube ainsi que les archives personnelles de mes interviewés.

3)  D’où vous vient votre curiosité pour les extra-terrestres ?
En réalité, je m’intéresse très peu aux extra-terrestres. Ce qui a capturé mon attention avec ce (non-)monument à St. Paul est cette incongruité du projet en relation avec le contexte de la célébration du centenaire du Canada qui, on peut le dire, est fondamentalement nationaliste, ainsi que ce geste inconditionnel d’hospitalité qui, selon moi, capture un certain zeitgeist qui était présent au Canada à la fin des années soixante. Cette contradiction m’a donc attirée. Comme Fredric Jameson l’exprime avec éloquence dans son livre Archeologies of the Future: The Desire Called Utopia and Other Science Fictions, «The fundamental dynamic of any Utopian politics (or any political Utopianism) will therefore always lie in the dialectic of Identity and Difference.» Pour cette raison,  j’ai voulu réfléchir à l’intersection qui existe entre «l’alien», l’extra-terrestre et «l’alien», l’immigrant.

Pour en savoir plus, visitez le site de l’artiste : jacquelinehoangnguyen.com

Bande annonce du film : http://www.jacquelinehoangnguyen.com/Space-Fiction-the-Archives

Avec nos remerciements à Jacqueline Hoang Nguyen pour toutes les informations ayant permis la rédaction de cet article.

Adresse
VOX, Centre de l’image contemporaine
2 rue Sainte-Catherine Est (4e étage)
Métro Saint-Laurent
Entrée libre

Heures d’ouverture
du mardi au vendredi : 12h à 19h / Samedi : 11h à 17h

Lire aussi :

  • Quelque chose à dire, quelque chose à faire : du 12 au 15 décembre 2012, le centre VOX organise un cycle d’événements (discussions, performances, films) au cours desquels les intervenants utiliseront l’archive pour explorer le statut de l’auteur, les politiques institutionnelles et l’historiographie des expositions.

Le dernier numéro de la revue de poésie Contre-Jour (Numéro 28, Automne 2012), intitulé «Louise Warren. De l’attachement» est consacré à l’œuvre de la poétesse et essayiste Louise Warren. Parmi plusieurs articles très intéressants, l’œil de l’archiviste sera attiré plus particulièrement par «La conquête du calme» d’Étienne Beaulieu (p.57-64), «L’écriture de l’accompagnement» de Karen McPherson (p.75-81) et «Mon musée imaginaire de Louise Warren» de David Dorais (p.83-94) qui abordent plus en détail la trilogie des archives. Mais qu’est-ce que cette trilogie ?

Bleu de Delft : Archives de solitude (2001), Objets du Monde : Archives du Vivant (2005) et La forme et le deuil : Archives du lac (2008) constituent les trois tomes de cette trilogie. Ces œuvres rassemblent des réflexions de Louise Warren sur l’art, la poésie et l’écriture mais aussi des essais sur des artistes que l’auteure a rencontrés, ou encore des notes autobiographiques.

Le premier volet Bleu de Delft : Archives de solitude se présente sous la forme d’un lexique. Sous des entrées comme «Étreinte», «Musée» ou «Voix» sont intégrés des extraits de textes (lettres, chansons, citations, etc.), des descriptions de tableaux ou des réflexions sur des écrivains et artistes aussi divers que Marguerite Duras, Saint-Denys Garneau, Jacques Poulin, Alberto Giacometti, Angela Grauerholz ou encore Claude Dubois.

Les deux tomes suivants se présentent sous la forme d’essais. Objets du Monde : Archives du Vivant, comprend dix essais articulés chacun autour d’une idée fondatrice. Louise Warren y parle de ses lectures, voyages et rencontres tout en procédant à une auto-analyse. Le troisième tome, La forme et le deuil : Archives du lac comprend quatorze essais dont le dernier dresse une synthèse de toute la trilogie. En effet, Louise Warren y explique : «Bleu de Delft constitue une sorte de livre des mots, Objets du monde, le livre des objets et cet essai que je termine [La forme et le deuil], le livre des formes». Les écrivains et artistes Yves Bonnefoy, Jorge Luis Borges, Stéphanie Ferrat, Mitchel Akiyama, Farhad Ostovani et Anu Tuominen entre autres participent à ce qu’on pourrait appeler une archive encyclopédique et poétique des formes.

Mots, objets, formes, la trilogie des archives reflète le fait que chaque expérience de l’art visuel engage le regard et l’émotion, le souvenir et l’imaginaire, autant que la raison et le langage. En décrivant les œuvres ou les ateliers de nombreux artistes, Louise Warren archive des moments de son expérience individuelle qui acquiert une valeur de témoignage universel.

Étienne Beaulieu rapporte d’ailleurs à la page 62 en évoquant la notion de communauté créée par les archives, ces paroles de Louise Warren : «Le mot archives m’amène à une idée de conservation. Il transporte une mémoire individuelle, mais aussi une mémoire partagée puisque les archives sont des legs. L’imaginaire comme la mémoire doit circuler. Conserver la solitude, le vivant, un lac, mes biens les plus précieux. En les archivant, je permets à d’autres la consultation.» (extrait de La forme et le deuil. Archives du lac). Par son écriture, Louise Warren archive le moment et les sensations ressenties dans les espaces du musée ou de l’atelier. Si son archive est extrêmement subjective, elle constitue néanmoins une trace de l’émotion d’un moment donné.

Ajoutons que la revue est superbement illustrée avec des reproductions des œuvres minérales et végétales de Stéphanie Ferrat, avec laquelle Louise Warren a collaboré, lesquelles traduisent parfaitement la notion de collection. Ces compositions font souvent penser à un herbier ou à des cellules vues sous la lamelle d’un microscope. Il faut souligner que le format de la revue, la qualité du papier et de l’impression mettent réellement ces œuvres en valeur.

Le dernier texte «A minima» de Pierre Ouellet, termine sous forme poétique ce bel hommage rendu à Louise Warren par la revue Contre-Jour : «Le monde arrive à certains par fragments. À d’autres comme un tout. Louise Warren ponctionne les substances les plus subtiles dans le réel le plus élémentaire et y donne à voir l’universel, le monde comme fougère, le monde comme caillou.» («A minima», Contre-Jour Numéro 28, p.113).

Lire aussi :

À Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) en région parisienne, un nouveau bâtiment d’archives va bientôt accueillir l’ensemble des documents du patrimoine français, postérieurs à la Révolution. Ce bâtiment, un grand édifice de 38 mètres de haut, a été conçu par l’architecte italien Massimiliano Fuksas. L’ouverture au public est prévue pour le début de l’année 2013.

Vue d’ensemble de l’édifice

L’édifice est recouvert d’aluminium et de verre et comprend deux types de structures. Le premier type est un imposant parallélépipède rectangle, qui est dédié à la conservation et comporte 220 magasins d’archives répartis sur onze niveaux. Il va accueillir 320 km de rayonnages d’archives et comportera une salle de lecture de 160 places au rez-de-chaussée. Le second type de structure est un empilement de tranches superposées dont la forme sympathique rappelle celle des "gaufrettes à l’ancienne". Ces structures renferment les bureaux professionnels liés à l’activité des archives, les locaux administratifs et les espaces de conférences.

L’édifice de type parallélépipède rectangle

Le bâtiment a été conçu dans une philosophie de développement durable. Le parallélépipède rectangle, qui abrite les magasins d’archives est en béton avec isolant thermique extérieur, ce qui en fait un des bâtiments à vocation de conservation les moins énergivores. La paysagiste Florence Mercier l’a entouré d’un écrin végétal, parsemé de bassins d’eau.

L’écrin végétal

Depuis le 22 mai 2012, les Archives nationales effectuent un immense déménagement de plus de 200 kilomètres linéaires de fond d’archives pour un coût global de 19 millions d’euros. Des centaines de camions vont ainsi défiler sur une période de 18 mois, entre le site des archives situé dans le Marais, le site de Fontainebleau et les nouveaux locaux de Pierrefitte-sur-Seine, qui deviendront le plus grand centre d’archives d’Europe.

Les structures de type "gaufrettes à l’ancienne"

En résumé, les Archives nationales de France sont dorénavant implantées sur trois sites. Le site de Paris, dans le quartier du Marais, conserve désormais les archives des institutions antérieures à la Révolution.  Le site de Pierrefitte-sur-Seine, en construction, accueillera l’ensemble des archives nationales postérieures à la Révolution française. Quand au site de Fontainebleau, il a pour vocation d’accueillir les archives des organes centraux de l’État à partir des débuts de la Ve république (1958).

Le site des archives à Pierrefitte-sur-Seine est facilement accessible par la ligne 13 du métro, station terminus Saint-Denis Université.

Adresse :
Archives nationales
59 rue Guynemer
90001
93383 Pierrefitte-sur-Seine Cedex

Site Web des archives de Pierrefitte :
http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/pierrefitte/index.html

Photographies : Elise Thierry

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John Lennon. The John Lennon Letters, édité par Hunter Davies, New York : Little Brown, 2012, 392p.

La publication des lettres de John Lennon, qui avait été annoncée avec grande pompe il y a un peu plus d’un an, est presque passée inaperçue en cette fin de semaine de l’Action de grâce. Peut-être les journalistes ont-ils préféré se gaver de dinde plutôt que de boire les paroles de ce presque Dieu ou peut-être se sont-ils gardé une petite gêne devant l’objet sacré? Une petite gêne parce que oui, petite déception il y a. Moi-même, étant d’abord une fan inconditionnelle de l’emblématique Fab Four, j’ai été surprise de ne pas m’être sentie interpellée davantage par cette collection de 285 lettres, cartes postales et autres notes de diverse nature en facsimilés toutes rédigées par la main de Lennon datant d’aussi loin que son enfance avec sa tante Mimi jusqu’à sa mort. Pourtant au premier abord, l’ouvrage édité par Hunter Davies, le biographe officiel des Beatles, semblait être le parfait accord entre la représentation visuelle des archives et le complément d’information. Le travail de recherche de Davies est impeccable, le facsimilé est entouré d’une description qui se rapproche de la façon archivistique de procéder; titre, date, lieu, porté et contenu révélant le où-quand-quoi-pourquoi-avec qui-conservé par qui…, avec une transcription du document. Tous les éléments pour rendre le document compréhensible et appréhendable sont présents, et pourtant. Ce qui faisait lacune dans les ouvrages de Monroe et de Cobain, dont j’ai fait mention dans un article paru dans le dernier numéro de la revue Archivesse retrouve dans celui de Lennon, ç’aurait dû être l’apothéose de l’expérience du facsimilé. Pétard mouillé. Pourquoi?

Parce que, je crois, le plaisir de l’archive ne se trouve pas quelque part entre la connaissance et le ressentir, mais totalement dans un ou dans l’autre. La lecture d’archives permet d’accroître la connaissance sur un sujet aimé, admiré et leur consommation d’intégrer ce savoir à même notre passion pour l’objet vénéré. Aucune de ces aspirations ne se trouve au centre de l’ouvrage, elles se côtoient certes, mais on saisit mal quel est l’objectif de l’ouvrage. L’éditeur est très présent, non pas parce qu’il oriente la lecture des archives, mais parce qu’il la narre. On nous raconte les archives plutôt que de nous laisser les savourer nous-mêmes. La documentation, aussi intéressante et détaillée soit-elle, prend le dessus sur les archives. Le lecteur se trouve donc tiraillé. Là est l’échec de cette publication ambitieuse.

Tout fan de John Lennon saura quand même y trouver son compte. C’est d’ailleurs un des postulats de l’éditeur : « For Beatles and music fan generally, anything that gives any sort of insight into his work or biographical details is of value.[1] » La section 13 : Problems with Paul, il y en a 23 en tout, est délicieuse, extrêmement voyeuse. Finies les spéculations sur les disputes entre les deux leaders, elles sont là de toutes pièces! La première lettre-carte à Cynthia, sa première femme, est charmante comme tout. J’en aurais pris plus! Ce qui est destiné à un destinateur n’aura jamais autant de profondeur que ce qui n’est en premier lieu destiné qu’à soi-même, surtout que le lecteur n’a accès qu’aux documents rédigés par Lennon et non à ceux auxquels il répond. Il aura fallu beaucoup de patience à Davies afin que Yoko Ono, la veuve de John Lennon, accepte qu’un tel projet voie le jour. Mais maintenant que l’aventure archivistique publique est lancée, peut-être aurons-nous droit à une indiscrétion plus intime!

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[1] Hunter Davies. « Introduction » in John Lennon. The John Lennon Letters, New York : Little Brown, 2012, p.4.

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